Notre lettre 1393 publiée le 13 juillet 2026

POUR LE SAINT-SIEGE

LES EXCOMMUNICATIONS DU 2 JUILLET

SONT-ELLES UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS ?



UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE

Toute institution équilibrée répugne à montrer la violence dont elle est capable. Le milieu judiciaire en offre une illustration parlante, si l’on considère qu’en France, celui qui tue intentionnellement son semblable ne risque pas une peine équivalente. Dans un État de Droit, la force légale s’exerce selon des procédures légales, et le suspect est traité avec plus d’égards qu’il n’en a montrés vis à vis de sa victime. L’’inaliénable dignité ontologique » de tout homme, que les papes François (Fratelli Tutti) et Léon XIV (Magnifica Humanitas) ont décidé d’opposer aux États susceptibles de les écouter pour leur propre confusion, n’est applicable, en toute logique, qu’au survivant fautif, dès lors que sa victime, défunte, n’est plus un sujet de droit. La dignité ontologique disparaît avec la vie, qui elle-même ne tient qu'à un fil.

Montrer sa violence, c’est, contrairement à la force maîtrisée, répandre de l’insécurité, y compris chez les honnêtes gens. René Girard a décrit avec talent la nécessité, pour toute société consciente de la violence potentielle qui naît des relations sociales les plus ordinaires, de dériver un tel risque pour tous sur un bouc émissaire. Quand la foudre s’abat sur un pauvre hère, il faut le traiter en coupable, et que la foule adhère à l’accusation. A défaut, il faut cibler quelqu’un d’autre. Girard avait montré la pointe de son raisonnement, en s’attardant sur le Sacrifice du Christ, lequel, s’offrant en victime expiatoire pour les péchés du monde, agneau immolé mais sans tache, ne pouvait être qu’innocent.

Par une extension assez audacieuse, Girard estimait que toute société chrétienne doit renoncer à la stratégie du bouc émissaire, car le Christ a démasqué le consensus trompeur. Le bouc émissaire est innocent, aussi innocent que le Christ Lui-même. Mais un tel dévoilement prive la société d’un procédé de régulation précieux pour endiguer sa propre violence. Tel est l’handicap des sociétés post-chrétiennes qui, laïcisées, sont astreintes à l’hyperbole juridique, par la multiplication infinies des lois. Le Droit, mis au service d’une citoyenneté divinisée par le Vatican lui-même, devient l’arsenal de la guerre de tous contre tous. Girard annonce, et redoute, la « montée aux extrêmes » de la guerre totale. Le Droit ne combat pas la violence, il l'habille de légitimité. La violence légale est une double peine.

Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi vient, ce jeudi 2 juillet 2026, de créer un précédent spectaculaire dans l’Église, en déchaînant son bras vengeur, qui frappe la FSSPX toute entière, à l’exception seule, croit-on comprendre, de ceux qui en déserteraient les rangs en signant un formulaire de rétractation ubuesque. Qui peut approuver sans malaise un tel déferlement de rage, qui frappe des catholiques convaincus et pratiquants, sans examen de griefs individualisés, ni proportionnalité de peines éventuelles. Le fameux « Tucho » (le Cardinal Fernandez), au mépris du Droit canonique positif, entend jeter le trouble le plus profond, sans nuance ni discernement, contre les membres de la FSSPX, dont la rémanence dans l’Église et la fécondité est odieuse au lobby conciliaire, stérile.

La fraternité universelle, pour Tucho, exclut les catholiques de Tradition d’une communion romaine qu’ils flétrissent sans parvenir à se faire entendre. Eussent-ils, ces catholiques mis au ban, accepté d’adhérer aux errances du concile Vatican II et cessé de dénoncer le Novus Ordo à géométrie variable, que la paix devenait possible, au prix d’un reniement. La communion romaine eût été reconstruite, autour d’un reniement partagé de la Tradition de l’Église Catholique, ouvrant droit à une régularisation massive, et rétroactive, de la FSSPX. De cette transaction obscène, la signature lâchait sur l’essentiel : Vatican II est le soldat Ryan à sauver, mais c’est un soldat qui joue contre son camp. C’est un danger, dont les Actes sont accablants. De mauvais textes doivent être rectifiés. Les laisser en l’état, c’est laisser diffuser dans l’Église un venin de stérilité.

Quant au Novus Ordo, licite puisque promulgué par un Pape, il est d’une validité aléatoire, en fonction du prêtre qui peut, in petto, vouloir ou non reproduire le Sacrifice non-sanglant effectué par le Christ Lui-même la veille de son Sacrifice sanglant. Les catholiques cohérents ne doivent à aucun prix céder à l’intimidation, d’autant que la dhimmitude des « ralliés » du 5 mai 1988 montre la confiance que méritent les hommes de pouvoir, lorsqu’ils veulent rompre avec l’Histoire du Salut en Jésus Christ.

Notre Tucho a dévoilé sa prétention : ceux qui refusent la communion avec ceux qui trahissent l’Église de toujours, et désignent comme étant les vrais schismatiques ceux qui composent l’oligarchie syncrétiste dont Vatican II est le forfait initial et durable, doivent disparaître. Ostraciser collectivement la FSSPX, puis les « Ecclesia Dei » capable de reprendre à leur compte l’opposition salutaire à Rome, au nom de l’Église de toujours, n’est ce pas renouer avec le bouc émissaire, ici en troupeau, dont l’innocence n’exclut pas le martyre.

Il n’empêche : Rome prend cher, en dévoilant son vrai visage. Ce Tucho « tue l’amour » met le Pape Léon XIV face au schisme romain, et au coût de son dévoilement urbi et orbi. A ce jour, la victoire « à la Pyrrhus » (1) d’un bras vengeur aveugle et inique, lève toute ambiguïté : l’Église s’est agenouillé devant le Monde, comme le déplorait Jacques Maritain dès 1967. Les témoins de cette apostasie ne se tairont pas. La faucheuse de l’excommunication, c‘est la grosse Bertha. On ne peut pas s’en servir tous les jours. Quant à la précision du tir….A quand le ciblage de tous les catholiques, hors FSSPX, qui font de Vatican II le début de la fin ? Il y en a beaucoup, heureusement, y compris chez les incroyants...C’est au Pape lui-même de choisir son camp, et de mesurer la responsabilité qui lui incombe de faire perdurer la rupture conciliaire, ou d’entreprendre de l’éteindre, quoi qu’en pense le Monde dont Satan est le Prince. Il en répondra devant Dieu.


Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux


1- Une victoire à la Pyrrhus est une victoire obtenue au prix de pertes si lourdes pour le vainqueur qu'elle équivaut quasiment à une défaite. Une telle victoire annule tout sentiment de succès et compromet la situation à long terme du vainqueur.

L'expression est une allusion au roi Pyrrhus d'Épire, dont l'armée a souffert des pertes importantes et irremplaçables en battant les Romains pendant ses guerres en Italie aux batailles d'Héraclée en 280 av. J.-C. et d'Ausculum en 279 av. J.-C.

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