Notre lettre 1400bis publiée le 3 août 2026

QUO VADIS DOMINE ?

OÙ VAS-TU SEIGNEUR ?

UNE CHRONIQUE DE CÔME DE PRÉVIGNY
PUBLIÉ DANS LA REVUE
DE RENAISSANCE CATHOLIQUE
Click here for the English version
Clicca qui per la versione italiana
Haga clic aquí para la versión en español


Le 16 juin dernier, le pape Léon XIV s’est exprimé à la sortie de sa résidence de Castel Gandolfo à propos de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Celle-ci s’apprêtait alors à consacrer quatre évêques sans mandat pontifical et le pape affirmait que cette décision l’affectait, tout en concluant vouloir avancer. « S’ils font ce choix, disait-il, cela me désole, mais nous devons aller de l’avant ».


Vers où aller ?

Immédiatement, une question surgit : Quelle orientation les autorités romaines veulent-elles donner aux catholiques pour aller ainsi de l’avant ? Vers quelle destinée doit avancer l’Église si ce n’est vers le Ciel ? Vers quelles avancées doivent travailler les hommes d’Église si ce n’est la sanctification des fidèles ? La FSSPX ne chercherait-elle pas les mêmes buts ?

Souvent il n’est pas inutile d’interroger ses interlocuteurs à propos de leurs projections sur l’avenir pour connaître leurs perspectives, leurs réels espoirs et leurs souhaits plus ou moins cachés. À son enfant, on demande ce qu’il veut faire plus tard ; à un candidat à l’embauche, on le questionne pour savoir où il s’imagine exercer dans dix ans ; à un potentiel président, on le sonde pour savoir comment il voit son pays à la fin de son mandat. Cette manière de faire permet de comprendre la véritable motivation qui anime nos contemporains.

Dans la crise qui ébranle l’Église et qui a vu les supérieurs de la FSSPX s’opposer aux plus hautes autorités de l’Église, on est tenté de recourir à ce dispositif pour essayer de résoudre le conflit, dissiper les malentendus, s’affranchir des mauvaises intentions. À tous ceux qui sont attachés de près ou de loin au combat de Mgr Lefebvre et de la défense de la tradition catholique, à tous ceux qui, la main sur le cœur, proclament leur déférence envers le pontife romain et leur amour de la Sainte Église et de ses pasteurs, on pourrait demander comment ils voient les relations entre le Saint-Siège et la FSSPX dans cinquante ans, ou même dans cent ans. Sans aucun doute, beaucoup répondraient qu’ils espèrent que les tensions seront enfin apaisées, par l’institution par Rome d’une structure véritablement protectrice des œuvres traditionnelles. Ils rêveraient d’une structure canonique suffisamment protégée, permettant à l’univers traditionnel dans sa grande globalité d’observer la liturgie et le catéchisme comme ils l’a toujours fait, sans essuyer les tracasseries auxquelles le monde « ex-Ecclesia Dei » est soumis depuis quarante ans, sans avoir à subir ces retournements qui cachent une volonté non feinte de les voir disparaître. Cette pensée rejoint l’idéal nourri par Mgr Lefebvre qui voulait faire l’expérience de la Tradition, mais avec l’assurance de ne pas être trompé. Malgré les vicissitudes des temps, cette attitude ne mésestime pas les risques d’un isolement, ni ne cherche à s’affranchir de façon volontaire de toute la structure de l’Église institutionnelle par laquelle les canaux de la grâce continuent de couler ordinairement.

En posant cette question, on se rendrait probablement compte que bien peu se résignent à imaginer la FSSPX comme une structure résolument autonome dans la durée, attendant soit la Parousie, soit un ralliement de l’Église à tous les principes et pratiques observés par la Fraternité dans le moindre détail afin d’idéaliser une situation qui n’a jamais existé.


De bien curieux espoirs

Parallèlement, lorsqu’on considère les espoirs que nourrissent aujourd’hui certains cardinaux et évêques en matière de foi et de mœurs, on reste songeur. Comment concilier leurs propositions avec deux mille ans de tradition tant elles s’y opposent catégoriquement ? Forcément, on se demande ce que pensent réellement les autorités romaines sur ces différents points, pourquoi elles ne réaffirment pas de façon solennelle la vérité pour couper court aux erreurs qui prolifèrent ?

Il y a trois ans, alors que le chemin synodal allemand s’achevait, le monde catholique tout entier gémit, stupéfait de se réveiller en pleine hétérodoxie et de découvrir ce que des évêques avaient pu voter de façon autonome. Ces derniers avaient adopté la création d’un conseil synodal permanent, l’ouverture de la prédication aux laïcs, l’accession des femmes aux ministères sacrés, le mariage religieux des personnes de même sexe, etc. Le Saint-Siège, qui doit fortifier ses frères dans la foi, a alors réagi. Il est compliqué de dire qu’il l’a fait fermement. Le cardinal Parolin, secrétaire d’État, a alors déclaré à Civiltà cattolica le 13 mars 2023 : « Le chemin synodal prend des décisions qui ne correspondent pas exactement à ce qu’est actuellement la doctrine de l’Église. » La formule est-elle une simple tournure diplomatique ? Pourquoi ne pas dire que ces décisions ne correspondent en rien à la doctrine de l’Église ? Que vient donc faire cet adverbe « exactement » ? Serait-ce un acte de charité que de laisser des chrétiens se nourrir de faux espoirs pour finalement les doucher à terme par une déclaration définitive de refus ? Ou bien est-il volontaire de leur laisser miroiter l’idée que les choses pourraient néanmoins changer un jour ? Car que vient faire l’adverbe « actuellement » dans la bouche du cardinal ? Doit-on penser que, dans un avenir plus ou moins proche, il en sera peut-être autrement de la doctrine de l’Église ?

Deux ans plus tard, Léon XIV, tout fraîchement élu, a abordé le sujet du changement de la doctrine alors qu’il parlait précisément de « la question LGBTQ+ », pour reprendre son terme. Le 30 juillet 2025, le pape s’adressait à la journaliste Elise Allen en ces termes : « Les gens veulent que la doctrine de l’Église change ; ils veulent que les mentalités changent. Je pense que nous devons changer les mentalités avant même de penser à changer la position de l’Église sur une question donnée. Il me semble très peu probable, surtout dans un avenir proche, que la doctrine de l’Église change quant à son enseignement sur la sexualité et le mariage ».

Là aussi, la formule, diplomatique diront certains, a de quoi interloquer. Pourquoi dire que le changement en la matière est « peu probable » quand les pontifes passés auraient affirmé qu’il est impossible ? Pour quelle raison, peu charitable, laisse-t-on certains s’illusionner sur le fait qu’il existerait une petite possibilité que les choses changent tout de même, au moins dans un avenir plus lointain ? Et à quoi correspond donc cet appel à changer les mentalités, lequel permettrait, éventuellement, de modifier la doctrine avec le temps ?

Toutes ces questions posées expliquent l’état de confusion dans lequel se trouvent un grand nombre de catholiques alors que, pendant des siècles, les papes leur ont rappelé que, sur les sujets de fond, en matière de foi et de mœurs, la doctrine ne pouvait pas varier.

Faudrait-il donner quelque espoir à tous ceux qui s’opposent à la doctrine exposée par l’Église pendant deux mille ans pour leur faire croire que leurs assauts répétés auraient gain de cause, à force d’insistances ?


Poser les bonnes questions

Alors, forcément, pour ne pas se laisser gagner par d’affreux doutes, on aimerait poser des questions aux autorités les plus hautes dans l’Église et leur demander, bien humblement : Est-ce que vous pensez que dans cinquante ans ou dans cent ans, les femmes pourront devenir prêtres ? Faut-il en effet déduire que Jean-Paul II se serait égaré en affirmant solennellement dans la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis « que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église » ?

De même, pensez-vous que, dans un siècle, il soit possible que, en administrant le sacrement du mariage, les prêtres de l’Église catholique ne reçoivent pas forcément les consentements d’un homme et d’une femme ?

Ces questions seront sans doute jugées téméraires par ceux qu’elles gêneraient. Ceux qui pensent qu’exprimer un tel doute est déplacé se satisferont finalement de ce marasme doctrinal. Les réponses permettraient pourtant de comprendre vers quoi l’Église doit véritablement avancer. Elles auraient le mérite de distinguer une formule diplomatique d’une parole ambiguë, affranchissant d’ailleurs les autorités de volontés qui pourraient bien ne pas être les leurs. Au-delà de la seule question de la FSSPX, cela permettrait de résoudre les incompréhensions de bon nombre de catholiques perplexes qui, à travers le monde, écoutent avec inquiétude les discours des hommes d’Eglise et lèvent souvent les yeux vers le Ciel en demandant, toujours humblement : Quo vadis Domine ? Où allez-vous Seigneur ?


Côme de Prévigny


 

QUO VADIS, DOMINE?

WHERE ARE YOU GOING, LORD?

A COLUMN BY CÔME DE PRÉVIGNY

PUBLISHED IN THE JOURNAL

OF CATHOLIC RENAISSANCE

On June 16, Pope Leo XIV spoke outside his residence in Castel Gandolfo regarding the Priestly Fraternity of St. Pius X (FSSPX). The Society was then preparing to consecrate four bishops without a papal mandate, and the pope stated that this decision troubled him, while concluding that he wished to move forward. “If they make this choice,” he said, “it saddens me, but we must move forward.


Where should we go?

Immediately, a question arises: What direction do the Roman authorities wish to set for Catholics as they move forward in this way? Toward what destiny should the Church advance, if not toward Heaven? Toward what goals should men of the Church strive, if not the sanctification of the faithful? Is the SSPX not seeking the same goals?

It is often helpful to ask one’s interlocutors about their visions for the future in order to understand their perspectives, their true hopes, and their more or less hidden desires. We ask a child what he wants to be when he grows up; we ask a job candidate where he envisions himself working in ten years; we ask a potential president how he envisions his country at the end of his term. This approach helps us understand the true motivations that drive our contemporaries.

In the crisis that is shaking the Church—and which has seen the superiors of the SSPX oppose the highest authorities of the Church—one is tempted to resort to this mechanism to try to resolve the conflict, dispel misunderstandings, and clear the air of ill will. To all those who are connected in any way to Archbishop Lefebvre’s struggle and the defense of Catholic tradition, to all those who, with their hand on their heart, proclaim their deference to the Roman Pontiff and their love for the Holy Church and its shepherds, one might ask how they envision relations between the Holy See and the SSPX in fifty years, or even in a hundred years. Undoubtedly, many would reply that they hope the tensions will finally be resolved through Rome’s establishment of a structure that truly protects traditional works. They would dream of a sufficiently protected canonical structure, allowing the traditional world as a whole to observe the liturgy and the catechism as it has always done, without enduring the harassment to which the “ex-Ecclesia Dei” world has been subjected for forty years, and without having to suffer these about-faces that conceal a genuine desire to see them disappear. This idea echoes the ideal championed by Archbishop Lefebvre, who wanted to live out the Tradition, but with the assurance that he would not be deceived. Despite the vicissitudes of the times, this attitude neither underestimates the risks of isolation nor seeks to voluntarily break away from the entire structure of the institutional Church through which the channels of grace continue to flow ordinarily.

In asking this question, one would likely realize that very few are willing to imagine the SSPX as a resolutely autonomous structure in the long term, awaiting either the Second Coming or the Church’s full adherence to all the principles and practices observed by the Society down to the smallest detail, in order to idealize a situation that has never existed.


Some Very Curious Hopes

At the same time, when one considers the hopes that certain cardinals and bishops harbor today regarding faith and morals, one is left pensive. How can their proposals be reconciled with two thousand years of tradition, given how categorically opposed they are to it? One cannot help but wonder what the Roman authorities truly think on these various points, and why they do not solemnly reaffirm the truth to put an end to the errors that are proliferating.

Three years ago, as the German synodal process was drawing to a close, the entire Catholic world groaned in astonishment at waking up to a situation of heterodoxy and discovering what the bishops had been able to vote on independently. The bishops had approved the creation of a permanent synodal council, the opening of preaching to the laity, the ordination of women to the sacred ministries, religious marriage for same-sex couples, and so on. The Holy See, which is called to strengthen its brothers in the faith, then reacted. It is difficult to say that it did so firmly. Cardinal Parolin, Secretary of State, then stated to *Civiltà Cattolica* on March 13, 2023: “The synodal process is making decisions that do not correspond exactly to the current doctrine of the Church.  Is this phrasing merely a diplomatic turn of phrase? Why not say that these decisions do not correspond at all to Church doctrine? What, then, is the purpose of the adverb “exactly”? Is it an act of charity to allow Christians to cling to false hopes, only to eventually dash them with a definitive statement of rejection? Or is it intentional to let them entertain the idea that things might nevertheless change one day? For what is the adverb “currently” doing in the cardinal’s statement? Are we to think that, in the more or less near future, the Church’s doctrine might be different?

Two years later, Pope Leo XIV, newly elected, addressed the issue of changing Church doctrine while speaking specifically about “the LGBTQ+ issue,” to use his own term. On July 30, 2025, the pope told journalist Elise Allen: People want Church doctrine to change; they want attitudes to change. I think we need to change mindsets before we even consider changing the Church’s position on a given issue. It seems very unlikely to me—especially in the near future—that Church doctrine will change regarding its teaching on sexuality and marriage.”

Here too, the phrasing—diplomatic, some might say—is enough to give one pause. Why say that change in this area is “unlikely” when past popes would have asserted that it is impossible? For what uncharitable reason are some allowed to delude themselves into thinking that there might be a slim possibility that things could change after all, at least in the more distant future? And what, then, is the meaning of this call to change mindsets, which might eventually allow for a change in doctrine over time?

All these questions explain the state of confusion in which many Catholics find themselves, even though, for centuries, the popes have reminded them that, on fundamental issues of faith and morals, doctrine cannot vary.

Should we offer any hope to all those who oppose the doctrine taught by the Church for two thousand years, leading them to believe that their repeated attacks will ultimately prevail through sheer persistence?


Asking the Right Questions

So, naturally, to avoid being overcome by terrible doubts, we would like to ask questions of the highest authorities in the Church and inquire of them, quite humbly: Do you think that in fifty or a hundred years, women will be able to become priests? Must we indeed conclude that John Paul II was mistaken when he solemnly affirmed in the apostolic letter *Ordinatio sacerdotalis* “that the Church has no authority whatsoever to confer priestly ordination on women and that this position must be definitively held by all the faithful of the Church”?

Similarly, do you think that, a century from now, it might be possible for priests of the Catholic Church to administer the sacrament of marriage without necessarily requiring the consent of a man and a woman?

These questions will no doubt be deemed reckless by those whom they might make uncomfortable. Those who believe that expressing such doubt is inappropriate will ultimately be content with this doctrinal stagnation. The answers, however, would help us understand the direction in which the Church must truly move forward. They would have the merit of distinguishing a diplomatic formula from an ambiguous statement, thereby freeing the authorities from obligations that may well not be their own. Beyond the issue of the FSSPX alone, this would help resolve the misunderstandings of many perplexed Catholics around the world who listen with concern to the statements of Church leaders and often lift their eyes to Heaven, asking, always humbly: Quo vadis, Domine? Where are you going, Lord?


Côme de Prévigny


 
 

QUO VADIS, DOMINE?

DOVE VAI, SIGNORE?

UNA CRONACA DI CÔME DI PRÉVIGNY

PUBBLICATA SULLA RIVISTA

DEL RINASCIMENTO CATTOLICO

Lo scorso 16 giugno, papa Leone XIV ha rilasciato alcune dichiarazioni all’uscita dalla sua residenza di Castel Gandolfo riguardo alla Fraternità Sacerdotale San Pio X (FSSPX). Quest’ultima si apprestava allora a consacrare quattro vescovi senza mandato pontificio e il papa ha affermato che tale decisione lo rattristava, pur concludendo di voler andare avanti. «Se fanno questa scelta», diceva, «ciò mi rattrista, ma dobbiamo andare avanti».


Verso dove andare?

Immediatamente sorge una domanda: quale orientamento vogliono dare le autorità romane ai cattolici per andare avanti in questo modo? Verso quale destino deve avanzare la Chiesa se non verso il Cielo? Verso quali progressi devono impegnarsi gli uomini di Chiesa se non verso la santificazione dei fedeli? La FSSPX non perseguirebbe forse gli stessi obiettivi?

Spesso non è inutile interrogare i propri interlocutori sulle loro proiezioni per il futuro, per conoscere le loro prospettive, le loro reali speranze e i loro desideri più o meno nascosti. A un bambino si chiede cosa vuole fare da grande; a un candidato a un posto di lavoro si chiede dove immagina di lavorare tra dieci anni; a un potenziale presidente si chiede come vede il proprio Paese alla fine del suo mandato. Questo modo di procedere permette di comprendere la vera motivazione che anima i nostri contemporanei.

Nella crisi che sta scuotendo la Chiesa e che ha visto i superiori della FSSPX opporsi alle massime autorità ecclesiastiche, si è tentati di ricorrere a questo strumento per cercare di risolvere il conflitto, dissipare i malintesi e liberarsi dalle cattive intenzioni. A tutti coloro che sono legati da vicino o da lontano alla lotta di Mons. Lefebvre e alla difesa della tradizione cattolica, a tutti coloro che, con la mano sul cuore, proclamano la loro deferenza verso il Pontefice romano e il loro amore per la Santa Chiesa e i suoi pastori, si potrebbe chiedere come vedono i rapporti tra la Santa Sede e la FSSPX tra cinquant’anni, o addirittura tra cento anni. Senza dubbio, molti risponderebbero che sperano che le tensioni si placino finalmente, grazie all’istituzione da parte di Roma di una struttura che protegga realmente le opere tradizionali. Sognerebbero una struttura canonica sufficientemente protetta, che consenta all’universo tradizionale nella sua grande totalità di osservare la liturgia e il catechismo come ha sempre fatto, senza subire le vessazioni a cui il mondo «ex-Ecclesia Dei» è sottoposto da quarant’anni, senza dover subire quei capovolgimenti che nascondono una volontà non dissimulata di vederli scomparire. Questo pensiero si ricollega all’ideale coltivato da mons. Lefebvre, che voleva vivere la Tradizione, ma con la certezza di non essere ingannato. Nonostante le vicissitudini dei tempi, questo atteggiamento non sottovaluta i rischi di un isolamento, né cerca di affrancarsi volontariamente dall’intera struttura della Chiesa istituzionale attraverso la quale i canali della grazia continuano a scorrere normalmente.

Ponendosi questa domanda, ci si renderebbe probabilmente conto che ben pochi si rassegnano a immaginare la FSSPX come una struttura risolutamente autonoma nel tempo, in attesa o della Parusia, o di un allineamento della Chiesa a tutti i principi e le pratiche osservati dalla Fraternità nei minimi dettagli, al fine di idealizzare una situazione che non è mai esistita.


Speranze davvero curiose

Allo stesso tempo, quando si considerano le speranze che alcuni cardinali e vescovi nutrono oggi in materia di fede e di costumi, si rimane pensierosi. Come conciliare le loro proposte con duemila anni di tradizione, visto che vi si oppongono categoricamente? Inevitabilmente, ci si chiede cosa pensino realmente le autorità romane su questi diversi punti, perché non riaffermino solennemente la verità per porre fine agli errori che proliferano?

Tre anni fa, mentre il percorso sinodale tedesco volgeva al termine, l’intero mondo cattolico gemette, sbalordito nel ritrovarsi immerso nell’eterodossia e nello scoprire ciò che alcuni vescovi avevano potuto votare in modo autonomo. Questi ultimi avevano approvato l’istituzione di un consiglio sinodale permanente, l’apertura della predicazione ai laici, l’accesso delle donne ai ministeri sacri, il matrimonio religioso tra persone dello stesso sesso, ecc. La Santa Sede, che ha il compito di rafforzare i propri fratelli nella fede, ha quindi reagito. È difficile affermare che lo abbia fatto con fermezza. Il cardinale Parolin, segretario di Stato, ha poi dichiarato a «Civiltà cattolica» il 13 marzo 2023: «Il cammino sinodale prende decisioni che non corrispondono esattamente a ciò che è attualmente la dottrina della Chiesa. » Si tratta forse di una semplice formula diplomatica? Perché non dire che queste decisioni non corrispondono affatto alla dottrina della Chiesa? Che cosa c’entra allora questo avverbio «esattamente»? Sarebbe forse un atto di carità lasciare che i cristiani nutrano false speranze per poi, alla fine, smorzarle con una dichiarazione definitiva di rifiuto? Oppure è intenzionale lasciar loro intravedere l’idea che le cose potrebbero comunque cambiare un giorno? Che cosa ci fa infatti l’avverbio «attualmente» nelle parole del cardinale? Dobbiamo pensare che, in un futuro più o meno prossimo, la dottrina della Chiesa potrebbe forse essere diversa?

Due anni dopo, Leone XIV, appena eletto, ha affrontato il tema del cambiamento della dottrina proprio mentre parlava della «questione LGBTQ+», per riprendere il suo termine. Il 30 luglio 2025, il Papa si è rivolto alla giornalista Elise Allen con queste parole: «La gente vuole che la dottrina della Chiesa cambi; vuole che cambino le mentalità. Penso che dobbiamo cambiare le mentalità prima ancora di pensare a cambiare la posizione della Chiesa su una determinata questione. Mi sembra molto improbabile, soprattutto nel prossimo futuro, che la dottrina della Chiesa cambi per quanto riguarda il suo insegnamento sulla sessualità e sul matrimonio».

Anche in questo caso, la formulazione – diplomatica, direbbero alcuni – ha di che lasciare perplessi. Perché affermare che un cambiamento in materia è «improbabile» quando i pontefici del passato avrebbero dichiarato che è impossibile? Per quale motivo, poco caritatevole, si lascia che alcuni si illudano sul fatto che esista una minima possibilità che le cose possano comunque cambiare, almeno in un futuro più lontano? E a cosa corrisponde dunque questo appello a cambiare le mentalità, che consentirebbe, eventualmente, di modificare la dottrina col tempo?

Tutte queste domande spiegano lo stato di confusione in cui si trovano molti cattolici, mentre per secoli i papi hanno ricordato loro che, sulle questioni fondamentali, in materia di fede e di costumi, la dottrina non può variare.

Bisognerebbe forse dare qualche speranza a tutti coloro che si oppongono alla dottrina esposta dalla Chiesa da duemila anni, per far loro credere che i loro ripetuti attacchi avrebbero la meglio, a forza di insistere?


Porre le domande giuste

Allora, inevitabilmente, per non lasciarsi sopraffare da terribili dubbi, vorremmo porre delle domande alle massime autorità della Chiesa e chiedere loro, con grande umiltà: pensate che tra cinquant’anni o tra cento anni le donne potranno diventare sacerdoti? Bisogna forse dedurre che Giovanni Paolo II si sia smarrito nell’affermare solennemente nella lettera apostolica Ordinatio sacerdotalis «che la Chiesa non ha in alcun modo il potere di conferire l’ordinazione sacerdotale alle donne e che questa posizione deve essere definitivamente sostenuta da tutti i fedeli della Chiesa»?

Allo stesso modo, pensate che, tra un secolo, sia possibile che, nell’amministrare il sacramento del matrimonio, i sacerdoti della Chiesa cattolica non debbano necessariamente ricevere il consenso di un uomo e di una donna?

Queste domande saranno senza dubbio giudicate avventate da coloro che ne sarebbero infastiditi. Coloro che ritengono inopportuno esprimere un simile dubbio finiranno per accontentarsi di questa stagnazione dottrinale. Le risposte consentirebbero tuttavia di comprendere verso quale direzione la Chiesa debba realmente procedere. Avrebbero il merito di distinguere una formula diplomatica da un’affermazione ambigua, liberando inoltre le autorità da intenzioni che potrebbero benissimo non essere le loro. Al di là della sola questione della FSSPX, ciò consentirebbe di risolvere le incomprensioni di molti cattolici perplessi che, in tutto il mondo, ascoltano con apprensione i discorsi degli uomini di Chiesa e spesso alzano gli occhi al Cielo chiedendo, sempre con umiltà: Quo vadis Domine? Dove vai, Signore?


Côme de Prévigny


 
 

¿QUO VADIS, DOMINO?

¿ADÓNDE VAS, SEÑOR?

UNA CRÓNICA DE CÔME DE PRÉVIGNY

PUBLICADA EN LA REVISTA

DE RENACIMIENTO CATÓLICO

?El pasado 16 de junio, el papa León XIV se pronunció a la salida de su residencia de Castel Gandolfo sobre la Fraternidad Sacerdotal San Pío X (FSSPX). Esta se disponía entonces a consagrar a cuatro obispos sin mandato pontificio y el papa afirmó que esa decisión le afectaba, aunque concluyó diciendo que quería seguir adelante. «Si toman esa decisión —decía—, me entristece, pero debemos seguir adelante».


¿Hacia dónde ir?

Inmediatamente surge una pregunta: ¿qué orientación quieren dar las autoridades romanas a los católicos para seguir así adelante? ¿Hacia qué destino debe avanzar la Iglesia si no es hacia el Cielo? ¿Hacia qué avances deben trabajar los hombres de Iglesia si no es hacia la santificación de los fieles? ¿Acaso la FSSPX no persigue los mismos objetivos?

A menudo resulta útil preguntar a los interlocutores sobre sus previsiones de futuro para conocer sus perspectivas, sus esperanzas reales y sus deseos más o menos ocultos. A un niño se le pregunta qué quiere ser de mayor; a un candidato a un puesto de trabajo, se le pregunta dónde se imagina trabajando dentro de diez años; a un posible presidente, se le sondea para saber cómo ve a su país al final de su mandato. Esta forma de proceder permite comprender la verdadera motivación que anima a nuestros contemporáneos.

En la crisis que sacude a la Iglesia y que ha llevado a los superiores de la FSSPX a oponerse a las más altas autoridades de la Iglesia, uno se ve tentado a recurrir a este mecanismo para intentar resolver el conflicto, disipar los malentendidos y liberarse de las malas intenciones. A todos aquellos que están vinculados de cerca o de lejos a la lucha de monseñor Lefebvre y a la defensa de la tradición católica, a todos aquellos que, con la mano en el corazón, proclaman su deferencia hacia el pontífice romano y su amor por la Santa Iglesia y sus pastores, se les podría preguntar cómo ven las relaciones entre la Santa Sede y la FSSPX dentro de cincuenta años, o incluso dentro de cien años. Sin duda, muchos responderían que esperan que las tensiones se apacigüen por fin, gracias a la creación por parte de Roma de una estructura que proteja verdaderamente las obras tradicionales. Soñarían con una estructura canónica suficientemente protegida, que permitiera al mundo tradicional en su gran conjunto celebrar la liturgia y el catecismo como siempre lo ha hecho, sin sufrir las trabas a las que el mundo «ex-Ecclesia Dei» está sometido desde hace cuarenta años, sin tener que soportar esos giros que ocultan una voluntad manifiesta de verlos desaparecer. Este pensamiento se une al ideal alimentado por monseñor Lefebvre, que quería vivir la Tradición, pero con la seguridad de no ser engañado. A pesar de las vicisitudes de los tiempos, esta actitud no subestima los riesgos del aislamiento, ni pretende liberarse voluntariamente de toda la estructura de la Iglesia institucional a través de la cual siguen fluyendo habitualmente los canales de la gracia.

Al plantearse esta cuestión, probablemente nos daríamos cuenta de que muy pocos se resignan a imaginar a la FSSPX como una estructura decididamente autónoma a largo plazo, a la espera bien de la Parusía, bien de que la Iglesia se adhiera a todos los principios y prácticas observados por la Fraternidad hasta en el más mínimo detalle, con el fin de idealizar una situación que nunca ha existido.


Esperanzas muy curiosas

Al mismo tiempo, cuando se consideran las esperanzas que alimentan hoy en día algunos cardenales y obispos en materia de fe y costumbres, uno se queda pensativo. ¿Cómo conciliar sus propuestas con dos mil años de tradición, cuando se oponen a ella de forma tan categórica? Inevitablemente, uno se pregunta qué piensan realmente las autoridades romanas sobre estos distintos puntos, ¿por qué no reafirman solemnemente la verdad para poner fin a los errores que proliferan?

Hace tres años, cuando concluía el proceso sinodal alemán, todo el mundo católico se lamentó, atónito al despertarse en plena heterodoxia y descubrir lo que los obispos habían podido votar de forma autónoma. Estos últimos habían aprobado la creación de un consejo sinodal permanente, la apertura de la predicación a los laicos, el acceso de las mujeres a los ministerios sagrados, el matrimonio religioso entre personas del mismo sexo, etc. La Santa Sede, que debe fortalecer a sus hermanos en la fe, reaccionó entonces. Es difícil afirmar que lo hiciera con firmeza. El cardenal Parolin, secretario de Estado, declaró entonces a *Civiltà cattolica* el 13 de marzo de 2023: «El camino sinodal toma decisiones que no se corresponden exactamente con lo que es actualmente la doctrina de la Iglesia. » ¿Es esta fórmula una mera expresión diplomática? ¿Por qué no decir que estas decisiones no se corresponden en absoluto con la doctrina de la Iglesia? ¿Qué sentido tiene entonces ese adverbio «exactamente»? ¿Sería un acto de caridad dejar que los cristianos se alimenten de falsas esperanzas para, finalmente, desilusionarlos a largo plazo con una declaración definitiva de rechazo? ¿O es deliberado dejarles entrever la idea de que, a pesar de todo, las cosas podrían cambiar algún día? Porque, ¿qué hace el adverbio «actualmente» en boca del cardenal? ¿Debemos pensar que, en un futuro más o menos cercano, la doctrina de la Iglesia podría ser diferente?

Dos años más tarde, León XIV, recién elegido, abordó el tema del cambio de doctrina al referirse precisamente a «la cuestión LGBTQ+», por utilizar su propio término. El 30 de julio de 2025, el Papa se dirigió a la periodista Elise Allen en estos términos: «La gente quiere que cambie la doctrina de la Iglesia; quiere que cambien las mentalidades. Creo que debemos cambiar las mentalidades antes incluso de pensar en cambiar la postura de la Iglesia sobre una cuestión concreta. Me parece muy poco probable, sobre todo en un futuro próximo, que la doctrina de la Iglesia cambie en lo que respecta a su enseñanza sobre la sexualidad y el matrimonio».

También en este caso, la fórmula —diplomática, dirán algunos— tiene de qué sorprender. ¿Por qué decir que el cambio en esta materia es «poco probable» cuando los pontífices anteriores habrían afirmado que es imposible? ¿Por qué razón, poco caritativa, se deja que algunos se hagan ilusiones sobre la existencia de una pequeña posibilidad de que las cosas cambien de todos modos, al menos en un futuro más lejano? ¿Y a qué corresponde, pues, este llamamiento a cambiar las mentalidades, que permitiría, eventualmente, modificar la doctrina con el tiempo?

Todas estas preguntas planteadas explican el estado de confusión en el que se encuentran muchos católicos, cuando, durante siglos, los papas les han recordado que, en los temas fundamentales, en materia de fe y costumbres, la doctrina no podía variar.

¿Deberíamos dar alguna esperanza a todos aquellos que se oponen a la doctrina expuesta por la Iglesia durante dos mil años para hacerles creer que sus repetidos ataques acabarían imponiéndose, a fuerza de insistir?


Plantear las preguntas adecuadas

Entonces, inevitablemente, para no dejarnos llevar por terribles dudas, nos gustaría plantear preguntas a las más altas autoridades de la Iglesia y preguntarles, con toda humildad: ¿Creen ustedes que dentro de cincuenta o cien años las mujeres podrán ser sacerdotes? ¿Debemos deducir, en efecto, que Juan Pablo II se habría equivocado al afirmar solemnemente en la carta apostólica *Ordinatio sacerdotalis* «que la Iglesia no tiene en modo alguno el poder de conferir la ordenación sacerdotal a las mujeres y que esta posición debe ser mantenida definitivamente por todos los fieles de la Iglesia»?

Del mismo modo, ¿cree usted que, dentro de un siglo, será posible que, al administrar el sacramento del matrimonio, los sacerdotes de la Iglesia católica no tengan que recibir necesariamente los consentimientos de un hombre y una mujer?

Sin duda, estas preguntas serán consideradas temerarias por aquellos a quienes incomodarían. Quienes piensen que expresar tal duda está fuera de lugar se conformarán, en última instancia, con este estancamiento doctrinal. Sin embargo, las respuestas permitirían comprender hacia dónde debe avanzar realmente la Iglesia. Tendrían el mérito de distinguir una fórmula diplomática de una declaración ambigua, liberando, por otra parte, a las autoridades de voluntades que bien podrían no ser las suyas. Más allá de la mera cuestión de la FSSPX, esto permitiría resolver los malentendidos de un buen número de católicos perplejos que, en todo el mundo, escuchan con inquietud los discursos de los hombres de la Iglesia y a menudo alzan los ojos al Cielo preguntando, siempre con humildad: «Quo vadis, Domine?» ¿Adónde vas, Señor?


Côme de Prévigny


 

A la une

S'abonner à notre lettre hebdomadaire

Si vous désirez recevoir régulièrement et gratuitement la lettre de Paix Liturgique, inscrivez-vous.
S'ABONNER

Paix Liturgique
dans le monde

Parce que la réconciliation liturgique est un enjeu pour toute l'Église universelle, nous publions tous les mois des lettres dans les principales langues du monde catholique. Découvrez et faites connaître nos éditions étrangères.

Télécharger notre application

Soutenir Paix Liturgique