Notre lettre 1327 publiée le 23 janvier 2026

N'EST PAS UN MGR STRICKLAND QUI VEUT...

A LA FOIS ETRE UN HÉROS DE LA FOI VÉRITABLE

ET HÉROS VÉRITABLE DE LA FOI CATHOLIQUE

UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE

Fin janvier 2025, Mgr Rey quittait le diocèse du Var, dont il était l’évêque en titre et en fait depuis septembre 2000, pour celui de Paris où, dans sa soixante quatorzième année, il est, à ce jour, logé sans ministère par la modeste paroisse parisienne de Notre Dame des Champs . Rappelons qu’avant sa promotion épiscopale, il avait été, durant cinq ans, curé de la florissante paroisse parisienne de Notre Dame de la Trinité 

En janvier 2025, il annonçait sa démission, le pape François l’ayant « lâché » un an après l’avoir incité à rester en poste. Il avait été flanqué, à l’automne 2023 d’un coadjuteur non sollicité, Mgr Touvet, évêque de Châlons en Champagne, dont la mission était de faire le Calife à la place du Calife.

Mgr Rey avait-il démérité dans l’exercice de ses fonctions, pour se voir imposer la privation de ses prérogatives épiscopales, celles là même que les paragraphes 21 à 27 de la constitution dogmatique « Lumen Gentium » du Concile Vatican II désignent comme un mandat propre, que Rome doit protéger après l’avoir octroyé ? Suivre les dispositions conciliaires, c’eût été, au minimum, patienter jusqu’aux 75 ans révolus, limite d’âge imposée, du reste, non par les Pères conciliaires, mais par Paul VI lui-même, pour la démission de tout évêque, à l’exception de l’évêque de Rome...

Comment faire partir un évêque en âge d’exercer son mandat ? Soit par une promotion, selon l’adage « promoveatur ut amoveatur » ? Soit par un jugement canonique de déchéance dûment argumenté, évidemment inapplicable à l’évêque le plus fécond de France. Reste l’intimidation, camouflée en obéissance inconditionnelle au pape régnant, selon le bon plaisir de ce dernier. La manœuvre romaine du coadjuteur imposé, approuvée par la CEF, reposait sur un quarantième procédé indigne, à rebours de toute charité, à savoir la mortification espérée de l’Ordinaire du Var, suivie d’un jet d’éponge de celui-ci. Lequel tardait, au grand dam des complices.

Mgr Rey a démissionné alors qu’il pouvait faire valoir ses droits d’évêque, en invoquant Lumen Gentium, et bénéficier d’une instruction canonique en bonne et due forme. En quittant son poste sur ordre, il a simplifié la besogne de ses détracteurs. Faut-il en conclure, à lire son aphorisme gaillard, « Pour être évêque, il faut en avoir », que près de vingt cinq années dans le Var avait épuisé la sève de ce colosse ?

L’évêque désavoué, et pourtant émérite (!), a consterné ses soutiens les plus fidèles, et laissé mettre le feu à son diocèse jalousé de partout. Quid du for interne de ce prélat, montrant si peu d’attachement à son œuvre, auquel on ne demandait pourtant pas d’égaler celui de Pygmalion pour Galatée. L’occasion nous est donnée d’en savoir un peu plus, par la lecture d’un essai, intitulé « Mes choix, mes combats, ce que je crois », à l’automne 2025. Quoique l’auteur d’une quinzaine de livres en solo, Mgr Rey est flanqué de deux journalistes. L’un, Samuel Pruvot, est rédacteur en chef de « Famille Chrétienne » ; l’autre, Henrik Lindell, d’origine suédoise, est protestant, collaborateur de « La Vie ». Ceux qui se sont fiés à la couverture du livre ne découvriront les intrus qu’après leur achat... Et il leur faudra aller sur internet pour découvrir la religion de chacun.

D’ores et déjà, l’envie d’en savoir plus sur sa désertion par obéissance a conduit plusieurs media d’esprit traditionnel à inviter le prélat en l’interrogeant sur son livre. Honorant ces invitations de sa présence, l’émérite n’exposait rien au-delà de la langue de buis, renvoyant les indiscrets à son livre. Pour un promoteur affiché du laïcat, la restriction de l’échange à des lieux communs ne valorisait guère des interlocuteurs pourtant bien disposés... Semi-mutique à l’oral, le démissionnaire serait-il plus prolixe à l’écrit ?

Quel besoin l’Ordinaire déchu avait il de se prêter à ce jeu assez trouble de deux discours contigus qui ne relèvent en rien d’un dialogue. Certes, il est fréquent qu’un journaliste expérimenté, portant en son nom propre les attentes présumées d’un lectorat potentiel, optimise l’expression d’un acteur ou d’un responsable public, fort de sa notoriété mais moins rompu au maniement de la plume sergent-major. Or Mgr Rey n’a nul besoin de faire-valoir en face de lui. Alors, pourquoi cette mise en scène ? Le duo des journalistes se réserve l’introduction du livre, ainsi qu’une très substantielle entrée en matière dans chacun des onze chapitres abordés. Ils tiennent le rôle de modérateurs, en entrée en matière dans chacun des onze chapitres abordés. Ils tiennent le rôle de modérateurs, en apparence, alors qu’ils posent le cadre d’une instruction médiatique dont l’objectivité est démentie par leur raison sociale respective. En quoi, du reste, un protestant est-il qualifié pour juger de la théologie ou de la gouvernance d’un évêque catholique ? En l’absence d’instruction canonique, non saisie, l’évêque se prête à un curieux procédé d’expression clivée. Dans les deux tiers du livre, il parle en son nom propre. Pour le reste, on parle de lui à la troisième personne, avec l’autorité à peine pondérée du prétoire, sans qu’il s’autorise quelque réplique. En clair, il y a ce qu’il laisse dire de lui par d’autres, et ce qu’il dit de lui-même sur un mode défensif, ou diffusent.

Si l’on apprécie l’exposé auquel se livre Mgr Rey lorsqu’il rend accessible son parcours personnel, et les motifs, inattendus parfois, qui l’ont guidé dans les étapes successives de sa vie, on regrette la prolixité des figures imposées, celles qui dénoncent un appauvrissement sociétal, moral et spirituel, et déplorent les effets délétères, sans jamais en désigner les causes, aussi évidentes que constamment « oubliées » par l’orateur. Et notamment la responsabilité des Pères Conciliaires dans le sabordage de la Chrétienté, qui portait les vertus civiques partagées à bout de bras. Sans oublier ce trop plein verbal qui noie le poisson. L’évêque garde le micro, comme pour payer de mots un auditoire qui voudrait glaner un tant soit peu d’authenticité, d’émotion vraie, d’affectivité palpable, en vain. Les griefs « notoires » sont entérinés a priori, alors qu’ils n’ont pas été objectivés, faute d’instruction canonique, répétons-le, car le déni de justice n’incommode pas ces magistrats improvisés.

La session de septembre est celle du rattrapage : sa Grandeur émérite poursuit sa prédication benoîte, dans un discours programmé sur ce qu’un évêque doit faire et susciter, comme si la démission n’avait pas eu lieu. Face aux sentences cauteleuses des acolytes, l’évêque plaide la bonne foi au risque du hors sujet. Il enfonce les portes ouvertes des vœux pieux. Hélas, il est trop tard pour solliciter la clémence du jury. Les représentants du marigot pseudo-catholique en profitent pour débiner le milieu tradi sans vergogne, car tout ce qui maintient en vie la Chrétienté est condamné ! En échange de quelques concessions numériques vis à vis d’une jeunesse sans culture historique et friande de sécurité à bas coût, les censeurs prêchent pour conforter leurs propres lecteurs, et s’emploient à promouvoir leur gnose, déclarée conciliaire, à savoir le sirop typhon que l’évêque démissionnaire n’a pas su servir assez généreusement à ses ouailles. De quoi parle-t-on, en fait, de part et d’autres ? D’à peu près tout ce qu’on voudra, sauf des fins dernières, et du Salut des âmes.

L’accusation joue sur du velours : s’allier aux tradis, c’est à dire aux catholiques fidèles, c’est plus grave qu’une mauvaise pioche. C’est dévoiler l’escroquerie de l’enfouissement, dont le concept n’est pas dans Vatican II, ce que savent ceux qui en ont lu les Actes, c’est à dire bien peu de monde... S’allier aux tradis, c’est démentir la doxa d’un passé de chrétienté à enterrer sans recours. S’allier aux tradis, c’est rappeler que la Foi catholique est reçue des apôtres, et non soumise aux fantaisies du pape régnant. Le plus cocasse, dans cette affaire, c’est que Mgr Rey n’est pas un tradi. C’est un évêque catholique soucieux de communion diocésaine, sans ostraciser quiconque, ni à droite, ni à gauche. Mais comme seule la gauche revendique de connaître à l’avance le sens de l’Histoire, elle estime mériter seule d’avoir voix au chapitre. L’évêque émérite du Var ambitionnait de réaliser la communion du bon grain et de l’ivraie, ce qui est absurde. Et simultanément d’apparaître comme irréprochable, à l’instar de tout évêque digne de ce nom, ce qui est au moins aussi absurde. Contesté au sommet, abusivement, pour le bien effectué, 164 prêtres ordonnés, tout de même, il pouvait servir la tête haute la vérité de son combat quotidien. Ce courage lui a manqué... Quoique la page 142 soit un vibrant appel au courage. Et qu’à la page 147, il en appelle à de nouveaux Thomas More ! Qu’il se gardera d’être... Quelles tristesses ! Au fil des pages, la narration abondante de l’Ordinaire, non caviardée semble-t-il, permet de percevoir la vacuité de l’accusation pénale, et plus encore la bêtise d’une détraction locale xénophobe, rivée à la stérilisation des missions ordinaires d’un diocèse, et dénigrant toute guidance légitime par son Pasteur. Ceux là, et ceux là seuls, battent des mains, pour applaudir à quelque soumission inconditionnelle à Rome, dont en toute autre occasion ils fustigeraient le principe. Ainsi, l’obéissance loyale est-elle nécessairement assortie d’une intelligence de ce à quoi l’on obéit. Que dire de l’absurde aphorisme des tuteurs (p.226) « ce que pape veut, Dieu le veut » ? Qu’en pense le protestant du binôme ? Sur le point précis qui toucherait à sa conscience, Mgr Rey se heurte à un pape versatile. Quel moment de palinodies de ce dernier exprime-t-il un vouloir divin, qui changerait de volonté aussi souvent que son Vicaire ? Mais si le dossier n’est plein que de jalousies recuites de ses homologues stériles, et de querelles picrocholines, la question demeure : pourquoi démissionner sans raison valable ?

Pourquoi Mgr Rey ne dit-il nulle part ce secret de polichinelle, à savoir que c’est son insolent succès épiscopal qu’il doit expier, en laissant la place à un médiocre, en communion avec les médiocres de la CEF, pour qui l’éreintement ecclésial est la feuille de route ? Si sa vergogne le dissuade de tresser ses propres lauriers, ne peut-il au moins soutenir son bilan chiffré ? Il est vrai que si Rome a décidé de jouer à qui perd gagne depuis le Concile, c’est l’Ennemi du genre humain qui s’en donne à cœur joie. Alors, que Rome assume sa trahison, ou qu’elle s’en repente !

L’insolent succès épiscopal de Mgr Rey, à vrai dire, n’est pas étranger à celui d’un certain Mgr Lustiger, qui ordonna son poulain charismatique en 1986, et renouvela le clergé parisien sous son règne (1981/2005). Juif ashkénaze converti, prêtre, évêque et cardinal, Aron Lustiger, malgré sa théologie bancale, connut tous les honneurs, et fut détesté par ses pairs pour sa vitalité impressionnante et son autorité naturelle. Sur ce point, l’élève a été moins bien traité que le maître, dont il n’avait pas les réseaux.

Au fond, pourquoi Mgr Rey n’a-t-il pas invité Rome à prendre ses responsabilités dans une détraction qui, si elle avait quelque adossement canonique à faire valoir, relevait d’une déposition à instruire ? Le Droit positif est là pour cela. Mais il faut se battre. Un père de famille qui ne défend pas les siens est un lâche. Fut il « doux et humble de cœur », Mgr Rey, dont c’est la devise épiscopale, ne sort pas grandi de cet abandon, sous parapluie d’obéissance. N’est pas Mgr Freppel qui veut, qui tenait tête à Léon XIII, lequel a attendu le décès de l’évêque d’Angers pour lancer son funeste « ralliement ».

Car, et ce livre le prouve par le ton voltairien des deux « accrédités », l’évêque démissionnaire reste, malgré ses concessions, un suspect, un impur ayant côtoyé les morts, et ce faisant, violé la doxa, fût-elle la plus obscène au sein de l’Église. Qu’il le veuille ou non, il est astreint jusqu’à nouvel ordre à prêcher sous surveillance, ou à se taire. Il est passé à côté du destin d’un Mgr Strickland, déposé de son diocèse texan, mais héros de la Foi véritable, et héros véritable de la Foi catholique. Dommage !


Philippe de Labriolle

Psychiatre Honoraire des Hôpitaux

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