Notre lettre 1410bis publiée le 5 septembre 2026

D’UN SCHISME À L'AUTRE ?

UNE CHRONIQUE
DE JEAN-PIERRE MAUGENDRE

L’histoire balbutierait-elle ? Les mêmes causes semblant produire les mêmes effets, la déclaration de schisme des évêques, prêtres et fidèles de la FSSPX, par un décret du 2 juillet 2026 du préfet du dicastère pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Victor-Manuel Fernandez, fait écho à un texte antérieur, le motu proprio Ecclesia Dei afflicta du 2 juillet 1988, signé par le pape Jean-Paul II. « Une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l’évêque de Rome, constitue un acte schismatique » écrivait le pape, à propos des consécrations épiscopales opérées par Mgr Lefebvre, sans mandat pontifical, quelques jours plus tôt. De son côté, après avoir rappelé les excommunications des évêques consacrés et consécrateurs de la cérémonie du 1er juillet 2026, le cardinal Fernandez conclut « Les clercs et les fidèles laïcs sont avertis de ne pas adhérer au schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, sous peine d’encourir eux aussi ipso facto l’excommunication latae sententiae ». Avec le recul du temps, deux questions viennent à l’esprit : Si la FSSPX est schismatique depuis 1988, pourquoi la déclarer de nouveau schismatique en 2026 ? Quelles ont été les conséquences de l’excommunication de 1988 et que peut-on en inférer pour l’avenir, en 2026 ?


Schisme ou pas schisme ?

Nous laissons aux amateurs de pilpoul le fait de savoir si un « acte schismatique » entraîne une reconnaissance effective de schisme. Certains ont franchi le pas et considèrent que la FSSPX est schismatique depuis 1988, avec les conséquences afférentes : impossibilité de participer aux rites liturgiques célébrés par des prêtres de la FSSPX et de bénéficier de leurs sacrements. Ceci, nonobstant la levée des excommunications le 24 janvier 2009 par le pape Benoît XVI des évêques consacrés illicitement en 1988, les consécrateurs étant défunts ; la faculté accordée par le pape François aux prêtres de la FSSPX d’administrer validement et licitement le sacrement de la confession à tous les fidèles (lettre apostolique Misericordia et misera du 20 novembre 2016) ; l’autorisation accordée aux évêques diocésains de concéder des permissions pour la célébration de mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la FSSPX (lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 27 mars 2017). Les mêmes argumentent que la déclaration de schisme de 1988 n’ayant jamais été révoquée, ce qui est matériellement exact, elle est toujours en vigueur malgré les « mansuétudes pastorales » décidées par le pape François. Il n’y aurait donc rien de nouveau en 2026, déclaration surprenante au vu de l’énergie déployée pour expliquer que les sacres d’évêques sans mandat pontifical créent ipso facto un schisme. De même que l’on ne tire pas sur une ambulance est-il nécessaire de réexpliquer à des personnes qui sont depuis 40 ans dans le schisme qu’elles vont l’être encore plus ? Y aurait-il des degrés dans le schisme comme dans la communion ? On s’étonnera cependant que les dits schismatiques persistent depuis des décennies à transmettre à Rome les dossiers de demande de réduction à l’état laïc de leurs prêtres, à demander la délégation à l’ordinaire diocésain pour leurs mariages, à prier nommément pour le pape et l’ordinaire du lieu au canon de la messe… On ne sache pas que l’Eglise orthodoxe, effectivement schismatique, ait une telle attitude vis-à-vis de Rome. On notera incidemment que personne ne remet en cause la validité des confessions et des mariages dans l’orthodoxie. Enfin, comment ne pas s’étonner qu’une faculté accordée par le Souverain pontife soit récusée par le Préfet d’un dicastère. Il est inhabituel qu’un colonel décide de révoquer un ordre donné par un général.


Les leçons de l’histoire

Contre toute attente des hiérarques et des observateurs qui traitaient d’un sujet dont ils ne connaissaient pas les acteurs, les sacres de 1988 n’ont pas entraîné une désaffection massive de fidèles de la FSSPX. Les premières observations inclinent à penser qu’il en sera de même en 2026. Pire pour l’autorité romaine : on ne voit pas poindre à l’horizon l’équivalent de la réunion du 18 juillet 1988 à l’abbaye d’Hauterive en Suisse qui, suite à la défection d’une douzaine de prêtres et de séminaristes de la FSSPX, avait débouché sur la fondation de la Fraternité sacerdotale Saint Pierre. Il faut convenir que la procédure de « retour à la pleine communion » pour les prêtres et les fidèles intéressés, avec une démarche personnelle et la signature individuelle d’une profession de foi (professio fidei) et d’une déclaration d’adhésion (formula adhaesionis), ne va certainement pas faciliter le processus. On attend avec impatience la publication des premiers chiffres à l’automne. Cela d’autant plus que, si le motu proprio Ecclesia Dei demandait aux évêques d’accorder « un accueil large et généreux » aux personnes attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi, aucune mesure de ce type n’accompagne le décret du 2 juillet 2026. Le motu proprio Traditionis custodes reste en vigueur dans sa volonté affirmée de voir disparaître la célébration de la liturgie antérieure au concile Vatican II.

Depuis 1988 le développement des communautés attachées à la célébration exclusive de la messe romaine traditionnelle a été impressionnant. Les 209 prêtres de la FSSPX en 1988 sont devenus 750 en 2026. De leur côté, en vertu du motu proprio Ecclesia Dei, consécutif aux sacres de 1988, de nouvelles communautés sont apparues et se sont développées. Au regard de l’effondrement général des vocations sacerdotales ces communautés inexistantes en 1988 témoignent d’une belle vitalité dont témoigne le nombre de leurs prêtres. Fraternité saint Pierre : 400, ICRSP : 130, IBP : 65. Concernant les laïcs là aussi un fait s’impose. En 1988 les fidèles attachés à la messe traditionnelle ont dû faire des choix, alors que les communautés Ecclesia Dei étaient, par définition inexistantes : soit rester fidèle de la FSSPX, dans une situation canonique délicate, soit rejoindre les diocèses, leurs offices liturgiques et leurs écoles. À cet égard, le code de droit canonique de 1983, canon 803 précise : « Une école est considérée comme catholique si elle est dirigée par l’autorité ecclésiastique (comme l’évêque), par une personne juridique publique de l’Église, ou si elle est reconnue comme telle par un document écrit ». Il est bien évident que les écoles dirigées par la FSSPX ne répondent pas à ces critères formels.

Quarante ans après il est légitime de dresser le bilan de ces choix, ce que rend possible l’âge de l’auteur de ces lignes, corroborant les travaux de Guillaume Cuchet. Les familles qui ont fait le choix de la Fraternité Saint-Pie X, de ses lieux de culte et de ses écoles ont un taux de transmission de la foi globalement de 80 %. Précisons que s’il est difficile de mesurer la foi de chacun, il est plus aisé de mesurer un taux de pratique religieuse et d’observer la nature des relations maritales. Pour ceux qui ont fait le choix de la légalité, le taux de transmission n’est plus que, globalement, de 20%. Ce sont des faits qui demandent cependant à être mis en perspective avec le développement des communautés Ecclesia Dei et la création d’écoles dans leur mouvance (Cours Charlier à Nantes, Institut Croix des vents à Sées, Ecole Saint Dominique au Pecq). Ce réseau scolaire reste néanmoins embryonnaire face aux 32 écoles dirigées, en France par la Fraternité Saint-Pie X auxquelles il faut adjoindre les écoles des dominicaines enseignantes de Brignoles (10) et de Fanjeaux (13).


Concrètement

« Primum vivere deinde philosophari » que l’on pourrait compléter par « La lettre tue, l’esprit vivifie ». La finalité de l’Eglise est le salut des âmes par la prédication de la foi et de la morale, leur mise en œuvre soutenue par la grâce divine dont les canaux ordinaires sont les sacrements. Ceci dans l’appartenance à l’Église dont le chef est le pape. En ces temps de grande confusion la fidélité aux pédagogies traditionnelles de la foi apparaît objectivement comme un moyen privilégié de vivre sa foi et de la transmettre. Ce droit est un droit absolu sur lequel l’autorité ecclésiastique ne devrait avoir aucune prise. Autorité ecclésiastique aujourd’hui largement déconsidérée au plus haut niveau, de la déclaration d’Abou Dhabi sur la sage volonté divine de la diversité des religions à l’accueil chaleureux dans plusieurs basiliques pontificales à Rome de madame Mullaly, archevêque de Cantorbéry et schismatique notoire. Y aurait-il de bons et de mauvais schismatiques ?

À l’heure du jugement, le juste Juge ne nous demandera pas d’abord si nous avons obéi aveuglément au Saint-Père ou à Monseigneur l’évêque mais si nous avons tout fait pour vivre de la foi, de l’espérance et de la charité, mettant tout en œuvre pour transmettre à nos enfants une foi indivise, la morale évangélique dans son exigence et sa pureté, dans l’espérance surnaturelle que nous ne sommes jamais tentés au-dessus de nos forces.


Jean-Pierre Maugendre

https://renaissancecatholique.fr/blog/dun-schisme-a-lautre/

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