Notre lettre 1425 publiée le 9 octobre 2026
LE MAGISTÈRE POST-CONCILIAIRE,
OU LA PASTORALITÉ DISSOLVANTE
UNE CHRONIQUE
DE PHILIPPE DE LABRIOLLE
La lecture attentive des allocutions du Pape Léon XIV, telles qu’exposées ce dernier WE de septembre 2026, est un chemin exigeant et pourtant nécessaire. La lecture de « Magnifica humanitas » suscitait déjà une perplexité certaine, face à un trop plein de phrases sibyllines. Des flots d’affirmations se voulant performatives, c’est à dire dispensées d’argumentation, s’employaient à déclarer convergentes les pensées les plus antagonistes, à savoir l’enseignement constant du Magistère catholique, et les ambitions frontalement opposées des ennemis de l’Église.
Ainsi, l’ensemble des étapes historiques de la déchristianisation et les avancées politiques des ennemis de l’Église, rappelées en préambule de l’encyclique citée, bien loin que l’offense faite à Dieu et les ravages sociétaux s’en vissent déplorés, donnait lieu à un discours de « positivation » , sous la forme de progrès civilisationnels. Luther, les Lumières, les Droits de L’Homme, la Démocratie, recevait du Saint-Siège un quitus. Le Syllabus de Pie IX se voyait donc frappé d’obsolescence.
Les discours du Pape régnant offerts à la France venue écouter l’homme en blanc, s’inscrivent dans un genre oratoire qui est propre à ce que l’illustre visiteur nomme lui-même le Magistère post-conciliaire. La principale nouveauté rhétorique est le ton bienveillant généralisé, qui suggère que le Saint Père n’a pas d’ennemi. Ni chez les laïcards militants de l’Unesco ni dans le personnel politique français qui défigure méthodiquement la France. Les poignées de main entre Léon XIV et Macron, au lendemain de la loi sur l’aide à mourir, sont-elles d’encouragement à persévérer, de pardon inconditionnel, ou de mépris pour les victimes ?
Toutefois, face aux évêques, à Lourdes, qu’il félicite sans en donner la raison, sinon pour les encourager à être vigilants, le motif surgit : L’unité derrière le successeur de Pierre est menacée. Il y a péril en la demeure. Comment le Monde pourrait-il croire tant que de dissonants fâcheux s’emploient à réhabiliter la Tradition de l’Église, des Pères jusqu’à Vatican II exclusivement. Ce dernier évènement légitimant, pour Léon XIV, le faillible « Magistère post-conciliaire », dont les fruits, en Europe Chrétienne, sont désastreux. Cette fuite en avant de Rome, qui exige la vénération pour un Concile dit pastoral, c’est à dire politique, qui détruit l’Église, comment l’imposer à ces rétifs voulant rester catholiques malgré Rome, et qui défient Rome de l’intérieur ?
Oui, les institutions éducatives qui furent florissantes ferment une à une. Les Ursulines mettent la clé sous la porte de leurs écoles. Les vocations, notamment contemplatives, s’effondrent. Le Pape le déplore, face aux évêques, mais sans faire le lien avec leur passivité opiniâtre, leur morgue des lieux oû la vie chrétienne s’épanouit loin d’eux. Chez l’ennemi. Eh oui, la politique, pardon, la pastorale, a tué la charité chez ces évêques. Il n’y a plus que des rapports de force. Avec Vatican II, c’est un retournement des alliances. Ce dimanche matin, à Lourdes, se rejouait la journée des dupes.
Par ce contresens historique, s’opère une nouveauté dialectique, à savoir l’abrasion de l’Autorité Divine. Le philosophe Hegel est passé par là. Du Christ mort et ressuscité, et des Évangiles qui portent sa Parole, l’Église n’est pas réellement l’Épouse, mais l’antithèse. En platonicien qu’il est, Hegel voit en l’incarnation une chute, un appauvrissement. Ceux qui, à Vatican II, ont revendiqué un Esprit du Concile enfin dépoussiéré de la Chrétienté, croient avoir fait naître une synthèse nouvelle, imputée à l’Esprit Saint qu’ils ont trahi. La Foi catholique est reçue des Apôtres, pas d’un Magistère post-conciliaire intrinsèquement sophistique.
Le Magistère post-conciliaire ne prend pas sa source dans l’Écriture, celle du Canon des textes pris comme un tout, mais dans des bribes de textes, parsemées dans un discours qui, par un double mouvement pervers, surnaturalise le naturel, et naturalise le surnaturel. C’est justice de noter que l’abbé de Nantes a constater ce piège avant nous, et bien d’autres. Il en résulte une musique de mots que les plus candides appelleront inspiration céleste, les sceptiques, poétique à souhait, et les mieux formés une séduction proche de l’hypnose. En réalité, l’essentiel est dans le « lâcher prise » avec la piété d’hier, pour rechercher ce nouveau mantra qu’est « une relation enfin personnelle avec le Christ ». On sait qu’à l’apôtre Thomas, s’exclamant « Mon Seigneur et Mon Dieu ». le Christ déclare : (Jean, ch 20, verset 29) « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ».
A cette définition de la Foi, reçu au baptême et approfondie par l’amour de Dieu et l’étude de ses commandements, le Magistère post-conciliaire préfère la logique des initiés, et la cooptation sourcilleuse dont elle excipe à l’encontre des fidèles de la Foi d’hier. Si vous ne pouvez faire état d’une relation personnelle avec le Christ, vous ne pouvez pas accéder aux Lumières dont Vatican II fut l’organe pédagogique. L’insondable défi lancé au Christ d’entraver l’appropriation frauduleuse par un clergé néo moderniste des vérités nécessaires au Salut des âmes a pour première étape, nous l’avons dit, de ne dénoncer en aucune façon les véritables ennemis de toute royauté sociale du Christ, et de réserver l’ostracisme à ceux qui dénoncent cette alliance apostate.
L’effet produit par cette volubilité oratoire oû ce qui survient ici-bas n’est jamais l’action, ni l’inaction, d’un sujet repérable, oû le vide est matrice de plénitude, et l’échec, l’ultime aigreur de la réaction, est que tout est dans tout et réciproquement, comme disait l’humoriste Pierre Dac, dépressif et sentencieux, mais ici bien inspiré. Il n’est donc pas surprenant que Léon XIV « fasse confiance » aux évêques pour inventer, avec créativité, une formule nouvelle dont, pour sa part, il se garde de brosser les contours, car elle saute aux yeux : le Pouvoir, dont la séduction trompeuse est à bannir chez chacun, est son privilège. Tous unis derrière lui et sa chimère. Qu’on se le dise...
Philippe de Labriolle
Psychiatre Honoraire des Hôpitaux



