Notre lettre 1350 publiée le 30 marzo 2026
DANS LA NUIT DU 20 AU 21 MARS
TROIS PÈLERINAGES DE NUIT
POUR LES HOMMES
ONT EU LIEU EN FRANCE,
PRÈS DE NANTES, TOURS ET ANNECY

A Annecy, il s'agissait d'une marche de nuit dans le Semnoz, arrivée à la Bergerie – suivie d'une messe. Près de Tours, une marche entre Lignières de Touraine et Candes Saint-Martin, sur la rive sud de la Loire jusqu'aux confins de l'Anjou, suivie d'une messe à l'église de Rigny-Ussé. Près de Nantes, entre la chapelle Saint-Pierre-es-Liens à la Chapelle Basse-Mer, lieu du martyre de la population locale pendant la Révolution, jusqu'au sanctuaire saint Joseph du Chêne à Villedieu-la-Blouère dans les Mauges, avec retour en car vers la Chapelle-Basse-Mer.
Sur internet le pèlerinage était présenté comme une aimable promenade spirituelle pour citadins : « ce rassemblement est l'occasion de vivre un temps fort d'amitié chrétienne : messe, petits topos délivrés par les abbés, grillades partagées au milieu de la nuit, et marche ponctuée de silences et de chants. Une belle occasion de sortir de son confort et de partager des moments forts. Un événement qui promet d'être à la fois une expérience physique et spirituelle, idéale pour ceux cherchant à se ressourcer et renforcer leurs liens dans une atmosphère conviviale et authentique ».
Néanmoins, à l'approche de la messe de 21 heures à la Chapelle Basse Mer, point de départ du pèlerinage, l'ambiance était toute autre et spirituellement plus profonde – presque une veillée d'armes, avec d'ailleurs un point particulier par rapport à d'autres pèlerinages traditionnels – une moyenne d'âge plus élevée, du fait de la présence de nombreux pères de familles, même cinquantenaires.

Sur le mur du prieuré, une grande bannière de Notre-Dame de Chrétienté, dans la chapelle, des veilleuses – la messe se passe aux bougies, et rappelle – les chants en moins – celles des temps sombres, de la Terreur, quand la religion était pourchassée, les prêtres clandestins et la population allait prier dans les bois et les granges. Le souvenir de la Révolution, aux confins de la Bretagne, des Mauges et de la Vendée, n'est jamais loin, même si, du bord du plateau où est bâtie la chapelle, on voit les lumières de Nantes à 23 km au sud-ouest, la ville, le monde moderne.
Ici, sur les murs de la chapelle des traces noires rappellent encore l'incendie dans lequel 80 habitants furent tués par les colonnes infernales, après avoir été enfermés dans ce qui était alors l'église – elle fut relevée après le Concordat, avant que la construction d'une église néogothique neuve dans le bourg mi-XIXe n'entraîne son abandon. Elle est ensuite relevée et agrandie par l'historien Reynald Sécher et ses chantiers de jeunes à partir du milieu des années 1990.

Dans ce lieu où une messe traditionnelle dominicale exista peu avant la pandémie du Covid – mais que le diocèse de Nantes ne voulut jamais autoriser malgré (ou à cause) d'une bonne cinquantaine de fidèles, dont une bonne part avait renoué avec une messe traditionnelle providentielle dans leur campagne après des années sans avoir pratiqué, tel père de famille confie « venir à ce pèlerinage, c'est montrer qu'on fait communauté dans un diocèse où nous sommes nombreux à aller à la messe traditionnelle, mais le diocèse ne nous a pas toujours montré que nous étions des fidèles comme les autres – même si ça s'est calmé ces derniers temps ». Un autre explique « simplement faire un effort physique pour Dieu et déposer ça au pied de la Croix, c'est un effort de Carême ». Un troisième que « marcher c'est se vider l'esprit de tout ce qui est superflu et laisser la place à Dieu et à la prière ».
Dans son sermon de dix minutes, le prêtre présent explique que « cette marche est l'image exacte de notre vie chrétienne ». Sans doute mu par la veille des élections – que la droite locale a finalement encore perdu, il affirme que « les experts et les universitaires de plateaux TV passent leur temps à expliquer de façon arrogante que tout a toujours été mouvant, tout en déplacement, métissage et changement, à juste titre nous défendons par instinct et par raison la stabilité, l'ordre, la conservation des normes qui font une civilisation ».
Avant de revenir sur le droit chemin, enfin la marche : « si nous regardons les Saintes Ecritures nous voyons combien Dieu met en déplacement les gens », il cite quelques exemples bibliques, « bref Dieu nous demande de bouger, de changer de lieu, de sortir de nos habitudes. Nous sommes des hommes en chemin, nous nous mettons en marche, nous allons à la rencontre du Seigneur, pour sortir de cette routine, casser la mollesse de notre corps, offrir au Seigneur du temps, de la prière, expier un peu ».
Cependant la marche n'est pas si facile. « Le danger est de s'arrêter et de renoncer, et de ne plus vouloir aller vers Dieu. Parfois l'homme tombe, c'est ce qui est symbolisé par les morts de la lecture du jour. Un enfant est mort à Sarepta, Lazare est mort à Béthanie. Et pourtant, Dieu passe, le mal ne triomphe pas, il est mis en échec par Dieu avec une facilité déconcertante ».
Et de poursuivre : « nous avons des moyens à disposition pour continuer la marche. La nourriture aimablement préparée par notre équipe de choc, les amis et camarades qui marchent avec nous, les chants, la perspective de l'arrivée. Vous avez là une belle comparaison avec notre vie sur cette terre, nous devons prendre les mêmes moyens pour continuer à avancer dans la joie comme dans la peine », avant de comparer les « délicieuses saucisses de tout à l'heure » à « ce qui nourrit nos âmes, ce pain des anges ».
Et de reprendre par les encouragements qui viennent aussi des cieux. « Nos amis du Ciel, saint Joseph, saint patron des hommes et des pères, qui a beaucoup marché, vers l'Egypte aller et retour, chantiers d'artisan etc ».
Et de conclure. « la force d'un homme est dans la fidélité. Dans notre vie spirituelle c'est la même chose, rester fidèle à son devoir, recommencer après une chute, se savoir faible, persévérer. Nous ne marchons pas seuls ;nous avons nos frères, nous avons l'Eglise. Le Christ marche vers Jérusalem, vers la Croix, pour nous ouvrir le chemin. Quand nous serons arrivés tout à l'heure au sanctuaire de Saint Joseph, nous pourrons le remercier de nous avoir rendus un peu plus forts, un peu plus humbles ».




