Notre lettre 1424 publiée le 7 October 2026

APRÈS LA VISITE DU PAPE LÉON XIV,

QUE VONT FAIRE NOS ÉVÊQUES

POUR LE FUTUR DU CATHOLICISME DE FRANCE ?

MAIS L'ÉGLISE DE FRANCE A-T-ELLE UN AVENIR ???

Le bilan est incontestable : la visite apostolique de Léon XIV sur le sol hexagonal a rencontré un remarquable succès et suscité un formidable engouement. Oui, durant ces quatre jours de voyage du pape : il faisait bon être catholique en France ! Paris, Lourdes, Metz constituèrent autant de théâtres réjouissants où la liesse des fidèles le disputait à la profondeur des prises de parole du successeur de Pierre. Comme le soulignait Vincent Trémolet de Villers dans les colonnes du Figaro : « Quel parti, quel syndicat, quelle institution déplace près de 1 million de personnes pour attendre plusieurs heures une célébration ancestrale ? »

Aussi, quand Bernadette Sauvaget, du journal Libération, décrit sur BFM le spectacle spirituel proposé au Stade de France « un peu bas de gamme, un peu Puy du Fou » ou encore quand Patrick Cohen, sur France Inter, minimise l’évènement papal : « Ce qu’on a vu ces derniers jours, c’est une minorité pratiquante » en dépit d’une « saturation médiatique », ces derniers passent pour ce qu’ils sont : des grincheux. Ils feraient mieux de tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de parler ainsi. Le voyage de Léon XIV fut réjouissant et les graines semées nombreuses : comment pour nous autres catholiques, ne pas nous en réjouir et ne pas être habités par l’action de grâce ?

Tranchant avec la figure disruptive de son prédécesseur, Léon XIV aura su, en effet, user de la grâce de son charisme pétrinien pour redonner de la fierté aux catholiques de France, en leur offrant notamment l’occasion de manifester au grand jour, sans peur et sans complexe, leur dynamisme, leur ferveur et, surtout, leurs espérances.


Léon XIV a semé des graines d’espérance, aux évêques de les faire germer

Espérances, oui. Car la réussite extraordinaire de la visite du pape tranche d’autant plus, par contraste, avec le bilan comptable d’une Eglise de France qui peut être qualifié, lui, de désastreux (on pourra se reporter à notre lettre n°1417 ou encore à la très intéressante et documentée étude réalisée par le Centre Européen pour le Droit et la Justice (CEDJ), intitulée Souffrances et espérance de l’Eglise en France). Pour que germent les graines, il reste encore fort à faire dans le but de pouvoir récolter la moisson de ce séjour. La foi chrétienne nous enseigne que Dieu peut faire des miracles, mais elle nous enseigne aussi à ne pas rester les bras ballants. L’Eglise nous presse de lui offrir nos mains, à donner de nos personnes. L’Eglise de France est devenue pour ainsi dire résiduelle dans l’espace social et médiatique hexagonal.

Sur France Inter, le 30 septembre dernier, Jérôme Fourquet (directeur du département Opinion à l’Ifop) et Ruben Rabinovitch (psychologue clinicien) présentaient leur nouveau livre co-écrits Homo occidentalis (Seuil, 2026). Déchristianisé, tatoué et narcissique, le constat clinique qu’ils dressent tous deux du nouveau régime psychique du monde actuel atteste l’effondrement de l’ordre patriarcal et de la matrice chrétienne. Selon eux, nous sommes arrivés au stade terminal, en dépit du magnifique visage présenté par les catholiques français ces quatre derniers jours.

Les dix/vingt milles baptêmes d’adultes de ces trois/quatre dernières années ne rattrapent pas la perte nette des 240.000 baptêmes d’enfants observée annuellement depuis déjà longtemps. Que les églises se soient vidées, le phénomène est ancien, mais les effets anthropologiques, eux, surgissent désormais de toutes parts. Rapports au corps : crémation, tatouage, confusion de l’identité sexuelle. Rapports à soi : difficulté à endurer le mal et à gérer les frustrations. Rapports aux autres : individualisme exacerbé au détriment du bien commun, dictature du ressenti et de l’émotion. On connaît la formule, à propos de l’après-concile Vatican II, du cardinal Siri, figure conservatrice de l’Eglise d’Italie et papabile après la mort de Paul VI : « Le désastre est total et les conséquences incalculables ». Nous y sommes.


« Si l’effondrement du catholicisme en France incombe grandement aux évêques, son redressement est aussi de leur ressort »

Si nous en venons à nous arrêter sur cet état préoccupant du catholicisme en France, ce n’est pas pour nous en repaître, encore moins pour nous en satisfaire ! Mais c’est parce que nous voulons éviter toute tentative de l’épiscopat français consistant, pour mieux fuir ses responsabilités, à « utiliser » l’arbre de cette parenthèse enchantée de la visite de Léon XIV pour mieux cacher la forêt des déconvenues pastorales de ces soixante dernières années.

Jean Madiran, en 1968 déjà, signait un réquisitoire implacable contre les collusions de l’épiscopat français avec le progressisme, le marxisme et le modernisme. Dès la première ligne de son ouvrage, le ton était donné : « L’hérésie du XXe siècle est celle des évêques ». Dans toute organisation humaine, lorsque le bilan n’est pas bon, ce sont ceux qui sont en responsabilité qui doivent au mieux revoir leurs copies, au moins reconnaître leur tort. En ce qui concerne la société humano-divine qu’est l’Eglise, il est certain que si l’effondrement du catholicisme en France incombe grandement aux évêques, son redressement est aussi de leur ressort. Les évêques de France, d’hier et d’aujourd’hui, auraient grand tort d’imiter l’attitude morale d’un Emmanuel Macron, en assurant la main sur le cœur, après des décennies de pouvoir absolu, n’être pour rien du catastrophique de la situation.

Que feront alors les évêques de cette étincelle de renaissance que Léon XIV leur a offert sur un plateau d’argent, avec le concours des fidèles de bonne volonté ? Il leur appartient d’en faire bon usage pour mettre le feu aux poudres d’un véritable renouveau. Les catholiques du rang réclament du sens, de la cohérence, de la beauté. Cela ne peut passer que par le rappel serein, mais sans compromission, des vérités de la foi, par un courage devant l’urgence des besoins, notamment dans la transmission de la foi et d’un catéchisme percutant.


Retrouver l’unité qui n’est pas une plate uniformité

L’image d’un catholicisme uni au Stade de France dans ses différentes composantes, célébrant d’un même cœur et d’une même âme l’histoire sainte de la France : les évêques se laisseront ils toucher par ce message très fort ? Les jeunes générations attendent de leurs évêques d’être soutenues plutôt qu’empêchées. D’être encouragées plutôt que suspectées. D’être accompagnées, plutôt que toisées. A écouter les convertis, dont l’enthousiasme et la piété ragaillardissent à bon compte les âmes habituées, les évêques mesurent-ils l’étendue de leur discrédit au regard de leur attitude où la déconnexion et l’eau tiède font trop souvent bon ménage ? Qu’ils le sachent : il leur suffirait de bien peu pour être de nouveau entendus et estimés !

« Évêque, c’est par toi que je meurs » lançait Jeanne d’Arc à son juge Mgr Cauchon. Les fidèles traditionnels ne demandent qu’à vivre par leurs évêques, dans le respect de leur fidélité à la messe de la tradition de l’Eglise et à « tout ce qui va avec ». Les évêques entendront-ils le message du pape leur rappelant que le don de l’unité « n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de la communion ».

Aimer nos évêques, nous ne demandons que cela. Encore faudrait-il pour cela que nous puissions nous voir être considérés comme leurs enfants, quand trop souvent le mépris ou l’indifférence sont de mises de leur part à notre endroit. Puissent les appels à l’amour et à la fidélité au Christ lancés par Léon XIV favoriser la paix liturgique entre les fidèles de tout bord et les évêques d’aujourd’hui. Et ceux de demain !

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